" Mes petits oiseaux, je suis bien triste de penser que vous ne connaîtrez pas ce qui, pour moi, a fait les plus grands moments de ma vie.
Ces moments extraordinaires où le monde se réduit a une seule personne, qu'on existe que pour elle, et par elle, qu'on tremble quand on entend ses pas, qu'on entend sa voix, et qu'on défaille quand on la voit. Qu'on a peur de la casser, à force de la serrer, qu'on s'embrasse et que le monde autour de nous devient flou.
Vous ne connaîtrez jamais ce délicieux frisson qui vous parcourt des pieds a la tête, fait en vous un grand chambardement, pire qu'un déménagement, une électrocution, ou une exécution. Vous chamboule et vous entraîne dans un tourbillon qui fait perdre la boule et donne la chair de poule. Vous remue tout l'intérieur, vous donne chaud a la geule, vous fait rougir, vous hérisse le poil, vous fait bégayer, vous fait dire n'importe quoi, vous fait rire et aussi pleurer.
Parce que, hélas, mes petits oiseaux, vous ne saurez jamais conjuger à la première personne du singulier et à l'indicatif présent le verbe du permier groupe: aimer."
Jean louis Fournier.